Yl-blleh

Le Nycthéméron

Mercredi 24 juin 2009 à 0:52

Jean, il n'aime pas tellement ça, vivre.
Mais ne sachant pas vraiment ce qu'il se trame derrière le voile qu'est la mort, il n'est pas vraiment disposé à franchir le pas.
Alors, il tente de s'en approcher par petits pas. Parfois il ne mange pas pendant une semaine, parfois il arrête de dormir. Parfois il boit un peu trop, parfois il sniff plus que de raison. A défaut de goûter la mort, il flirte dangereusement avec la folie. Comme si, la vie elle-même, jouait de lui comme avec une petite marionnette. Elle lui fait miroiter de belles images, de futurs magnifiques souvenirs. Mais comme à chaque fois elle lui claque la porte au nez quand il porte son coeur au bout des doigts.
Il s'échappe de ce marasme trop peu souvent pour ne pas être pessimiste. Qui pourrait lui en vouloir, hormis lui-même.
Et plus il s'en veut, plus son tango délirant s'enflamme. Une vis sans fin qu'est sa vie.
Il a déjà vu ce bout de métal, dans ses rêves. Il a même tenté de le chevaucher, l'idiot s'est chevauché lui-même sans s'en rendre compte.
Il aurait pu y déceler un signe. Il s'est levé et est parti se faire un bon café.

Parce qu'avant de sourire, il faut s'abreuver de liquide acide. Ainsi l'usine de mort peut tranquillement creuser la tombe.

"Je voudrai qu'une fois la seconde passée, vous m'enterriez dans mon corps"

Publié par Hellby

Dimanche 21 juin 2009 à 3:28

Il fait nuit et Denis marche.
Quelques traces blanches sur sa narine gauche laisse à penser qu'il aime la poudre de fée. Il marche la nuit, seul. Bien qu'il ne dorme qu'une partie de la journée, il ne se lève pas tant que la lune ne flotte pas, au-dessus du regard. Il habite Nice et marche chaque nuit le long de la mer.
C'est étrange en apparence, pas pour lui. Il n'a pas peur, n'a pas de phobie sur le fait de marcher en plein jour. C'est dans sa tête, comme tout le reste. Sa vision du monde n'est pas plus altérée que celle d'un autre, elle est juste à lui. Il se couche quand la couronne solaire flirte avec l'horizon.
Pour se réveiller, il prend un café et un rail de C. Comme certains prennent un café et une cigarette. Un mal par un autre, à quoi bon juger.
Parfois, il se poudre un peu trop le nez et se retrouve à crier son extase les pieds dans l'eau. Mais qu'importe, il n'y a personne à importuner.
Il y a peu, il a tenté de faire un pas alors que le soleil était encore brûlant. Ses jambes n'ont pas suivi, comme si trop habituées au coton nocturne elles ne pouvaient plus supporter l'instant éclairé.
Sa vie, ou plutôt sa nuit n'est pas des plus passionnantes. Elle est celle qu'elle est, un interlude entre deux phases de sommeil. Denis s'en fout, il marche la nuit pour ne pas marcher le jour. Quand il fait aussi sombre, s'ennuyer n'est plus aussi terrifiant.
Il fait nuit et Denis crie :

J'emmerde la vie, la nuit.

Publié par Hellby

Jeudi 11 juin 2009 à 23:57

 

C'est comme une feuille qui se soulève au rythme de la brise.
Non, c'est comme se prendre une lame dans les entrailles.
Non, c'est comme laisser glisser du sable entre ses doigts.
Non, c'est comme se retourner les ongles, les uns après les autres.
Non, c'est comme une vibration dans l'air qui t'enveloppe.
Non, c'est comme une brusque envie de gerber.
Non, c'est comme prendre un bain de nuages.
Non, c'est comme s'arracher les cheveux, tous.
Non, c'est comme respirer.
Non, c'est comme vivre.
Non, c'est comme rêver, vivre et respirer.

C'est tellement tout, tellement rien qu'ils en font n'importe quoi, les humains.

Regarde un peu la télé, vomi :

-Vas-y Pierre, dis-lui !

-Monique je t'aime tellement !
-Oh Pierre, on ne m'a jamais vomi rien d'aussi beau, donc, je t'aime !

-Putain, Michelle ! Baisse le son.
-Non, non ! Attend, c'est le moment crucial.
-Va chier la niaise.
 

Publié par Hellby

Samedi 6 juin 2009 à 14:33

Sages souriants, je vous salue !
Je m'adresse à vous, dans l'immense espoir que vous puissiez satisfaire ma requête.
Voyez-vous depuis quelques temps, de nouveaux voisins se sont installés dans ma rue.
Je n'y vois là aucun inconvénient, bien au contraire, voir notre société s'élargir est une source de grande satisfaction pour moi.
Cependant, ceux-ci (pour ne pas les nommer "galériens") sont d'un genre plutôt à part.
Ils semblent rejeter tous nos préceptes du bonheur, affichant ostensiblement leur mépris du  fluide vitale : l'heureusité.
Si encore ils ne se faisaient pas remarquer, je n'y verrai là qu'un soubresaut d'une mélancolie chronique, mais ces gens-là osent tout !
Hier encore, j'en ai croisé deux ! Aucun sourire, ils tirent lamentablement la tronche. Pas un salut, ni signe de main et encore moins un regard. Des âmes en peine.
Par peur de vivre en enfer une fois la porte du caveau franchie, nous avons instauré notre propre paradis ; si j'ai suivi ce mouvement révolutionnaire chrétien, ce n'est pas pour croiser dans mon quotidien ces espèces de légumes totalement dénués de joie pure.
Vous comprendrez alors que mon principal soucis est le bien-être de notre communauté, c'est pourquoi je tiens personnellement à vous aider quant à la résolution de ce problème.
Je vous propose de les faire enfermer en centre de réadaptation au bonheur le temps d'une totale rémission. Il s'agit là d'une requête officielle d'internement, je vous demande donc, selon nos lois en vigueur, de satisfaire ma demande.






[Accordé]





Pascal : " Tous les hommes recherchent d'être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu'ils y emploient [...] jusqu'à ceux qui vont se pendre. "

Schopenhauer : " La vie [...] oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui : ce sont là les deux éléments dont elle est faite en somme. "



Publié par Hellby

Lundi 18 mai 2009 à 2:44

-George, c'est quoi ça ?!

-Je ne sais pas, une erreur est survenue dans le système de conservation mental !
attend, tais-toi Jérem's. Ecoute, l'un d'eux parle.


-Je veux pouvoir glisser mes doigts le long de son avant-bras, effleurer sa main enfin. Le laisser serrer la mienne, pouvoir sentir sa force et sa tendresse, ressentir à quel point il tient à moi. Comment ai-je pu en arriver là ?
Personne ne m'entend, de toutes manières personne ne le pourrait puisque je ne parle plus depuis des années, depuis que je suis dans cette cuve pleine de liquide visqueux.
Je veux continuer à serrer ses mains viriles, me balancer vers l'avant, vers ses lèvres. Juste l'embrasser avant de repartir, ou au reveil, ou après l'amour et même pendant ! Je voudrais l'embrasser à chaque instant où tout est plus puissant.
Lui serrer les mains pour me rassurer de sa présence et gouter ses lèvres pour sentir à quel point il tient à moi. De plus en plus fort. De plus en plus fort. De plus fort plus en. De fort plus en fort. De fort. De plus....de.....

-C'est bon Geo', j'ai réparé.

-Je m'en doute, on entend plus rien, dit Jérémie.

http://yl-blleh.cowblog.fr/images/annavarney.jpg


-Il a dit quoi le vieux ? demande George.

-Vieilles palabres inutiles d'un vieux pédéraste. Perte de temps.

Publié par Hellby

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