-Alors, quel est votre prénom ?
Ses sourcils se froncent, son regard se perd dans la réflexion. Pendant deux longues minutes, seul le souffle des personnes présentes se fait entendre. Le jeune homme se redresse sur son lit, pose à plat ses mains sur le matelas et murmure :
-Et bien, je ne crois pas être devenu quelqu'un d'autre depuis notre discussion matinale. Je me prénomme toujours Julien, j'ai 23 ans et je suis étudiant aux beaux-arts à Toulouse.
Une ombre passe dans les yeux de l'homme à la blouse, ainsi que dans ceux des autres. Ils soupirent. Au bout de quelques secondes, ils se mettent à discuter entre-eux, à propos de Julien mais sans lui parler. Habitué à apparaitre et disparaitre continuellement à leurs yeux, il se met à observer le paysage derrière la fenêtre. Il attrape instinctivement le bloc note et un fusain sur sa table de nuit et se met à croquer ce qu'il voit. Sans jamais poser le regard sur la page, un dessin net et précis né rapidement de ses doigts. Ses yeux lui brulent. Un bruit sourd.
-Il convulse, vite !
L'équipe soignante s'occupe de lui et quinze minutes plus tard, Julien émerge de nouveau.
-Ca va mieux ? Vous pouvez-me dire votre prénom s'il-vous-plait ? Demande le médecin.
Le jeune homme serre les poings et se met à hurler :
-Julien ! Julien ! Julien !
-Ca va aller, détendez-vous. Nous sommes là pour vous aider, on va vous laisser vous reposer. Je reviendrai vous voir un peu plus tard.
Les six personnes sortent en file indienne de la chambre de Julien, en ayant déjà en tête le dossier de leur prochain patient.
Sauf les deux dernières. Un jeune garçon et une fille un peu plus âgée qui murmurent :
-Tu peux m'expliquer vite fait ?
-AVP en deux roues. Ils étaient deux. Lui seul à survécu.
-Mais là, heu....il va bien non ?
-Julien n'a pas survécu. Marc, si.
Yl-blleh
Le Nycthéméron
Samedi 4 avril 2009 à 2:05
Publié par Hellby
Mercredi 1er avril 2009 à 2:23

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Yvun claque la porte. Il jette son manteau en vrac sur son canapé et part avec ses cigarettes sur son balcon. La nuit est calme, la brise douce-amère; on peut entendre quelques éclats de voix qui semblent danser entre les hauts murs de la rue. Dans l'immeuble face à lui, l'une des fenêtres est ouverte et laisse échapper quelques volutes de jazz. Yvun se sent bien, à sa place. Il fume.
De longues minutes s'effacent, puis frissonnant légèrement, il revient à l'intérieur.
En passant devant son miroir de plein pied, il marque un temps d'arrêt. Il ne respire presque plus. Tout doucement, il pivote pour se mettre face à lui. Pas après pas, il s'avance. Lorsque le bout de son nez effleure enfin la surface froide, il s'immobilise. Tout en posant ses mains à plat sur le reflet, il souffle un air tiède et humide. Son visage est rongé petit à petit par la buée et lorsque enfin, il n'arrive plus à le discerner il se recule vivement et jette violemment son crâne contre le miroir. Des éclats égrènent sa chair, le sang commence à suinter. La douleur l'assaille mais il frappe encore. Ce n'est qu'à partir du moment où le bois à totalement remplacé le verre qu'il cesse.
Il titube jusqu'au fauteuil le plus proche et s'y effondre. Face à la baie vitrée, il attend. Une grande partie de son corps est couverte de sang mais il attend. Le soleil ne devrait plus tarder.
Sur la table basse, quelques journaux épars. On y voit Yvun faire la couverture d'un magazine de mode. Souriant.
Publié par Hellby
Dimanche 15 mars 2009 à 2:22
La lumière des phares de voitures éclaire le salon par intermittence, projetant d'inquiétantes ombres sur les murs. Au cause du flux régulier de véhicules qui passe dans la rue, il est difficile d'habituer ses yeux à l'obscurité. Les meubles apparaissent épisodiquement, gras et ternes. Des ordures sont dispersées sur le sol et les canapés. Il y règne une atmosphère humide et ouateuse en partie due à la fumée de tabac.
Contre le mur opposé aux fenêtres, sur le coin gauche git une ombre qui se meut par saccades.
On aperçoit ses deux mains qui fouillent frénétiquement ce qui semble être sa tête. Les longs cheveux laissent apparaitre pendant quelques secondes son corps nu et frêle. Elle murmure :
-Des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens. Ils sont là, là, là, là, là, là, là, là, là. Que faire ? Oui, comment s'en sortir ? Les éviter, les gens. Les gens qui courent, qui mangent, qui parlent, qui rient, qui vivent. Qu'ils disparaissent, qu'ils meurent ! Avant que ce ne soit moi. Les gens.
Un par un, elle les arrache. Un par un. Son visage ne traduit aucune douleur physique, elle ne s'arrête pas. Ses gestes sont si violents que la peau de son crâne est gonflée et luisante de sang. Elle répète inlassablement les même phrases. Un par un, elle les arrache. Peut-être qu'en devenant chauve, elle deviendra invisible aux yeux des autres. Peut-être qu'en se mutilant ainsi, peut-être que personne ne la reconnaitra, peut-être qu'elle sera quelqu'un d'autre pour enfin devenir elle-même.
-Les gens*.
Contre le mur opposé aux fenêtres, sur le coin gauche git une ombre qui se meut par saccades.
On aperçoit ses deux mains qui fouillent frénétiquement ce qui semble être sa tête. Les longs cheveux laissent apparaitre pendant quelques secondes son corps nu et frêle. Elle murmure :
-Des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens, des gens. Ils sont là, là, là, là, là, là, là, là, là. Que faire ? Oui, comment s'en sortir ? Les éviter, les gens. Les gens qui courent, qui mangent, qui parlent, qui rient, qui vivent. Qu'ils disparaissent, qu'ils meurent ! Avant que ce ne soit moi. Les gens.
Un par un, elle les arrache. Un par un. Son visage ne traduit aucune douleur physique, elle ne s'arrête pas. Ses gestes sont si violents que la peau de son crâne est gonflée et luisante de sang. Elle répète inlassablement les même phrases. Un par un, elle les arrache. Peut-être qu'en devenant chauve, elle deviendra invisible aux yeux des autres. Peut-être qu'en se mutilant ainsi, peut-être que personne ne la reconnaitra, peut-être qu'elle sera quelqu'un d'autre pour enfin devenir elle-même.
-Les gens*.
Publié par Hellby
Samedi 28 février 2009 à 1:10
La lumière apaisante de la fin d'une trop longue journée berce les murs de la ville rose.
Les rues se gonfles et se vident à allure régulière, semblables au pouls d'une jeune enfant assoupie.
Des familles, des groupes d'amis, des couples, des solitaires et quelques chiens.
Descend les escaliers, prends la première porte sur ta gauche, te voila dans la rue Genty-Magre.
Parmi eux, une ombre se faufile. Elle manque plusieurs fois de percuter des épaules, des bras et des sacs. Elle se met à accélérer puis à courir. Elle slalome entre les voitures, semble suivre une chorégraphie de ballet pour ne bousculer personne, elle vole ; presque.
Arrivée place Esquirol, elle reprend son souffle. Puis repart de plus belle. De son oeil droit elle perçoit une autre ombre qui la suit. Elle penche légèrement sa tête et aperçoit entre ses mèches de cheveux un chien. Elle sourit.
Tu prends la première à droite, tu remontes Alsace-lorraine jusqu'à la place Esquirol. Tu prends de nouveau à droite, tu es désormais sur la rue de Metz. Tu continues, tu ne t'arrêtes surtout pas. Toujours tout droit, jusqu'au pont Neuf. Là, soit tu continues sur le pont soit tu prends sur ta gauche, le long des quais de la Garonne.
Elle arrive sur le pont. Mais à mi-chemin alors que l'autre rive est à portée d'espoir elle fait demi-tour. Elle court désormais le long des quais, sous les platanes. Elle se sent forte, capable d'y arriver. Elle sait que la voie la plus courte n'est pas forcément la meilleure. Elle sent ses cuisses chauffer mais l'air frais de la Garonne glissant sur son visage lui offre un regain de légèreté.
Tu vas toujours tout droit.
Le chien est toujours derrière elle, inlassable. Elle sourit toujours. Elle s'approche du pont Saint Michel. Elle traverse les voies, les voitures ne peuvent l'atteindre. A quelques mètres le rebord du pont.
Qui suis-je ? Juste un chevelu qui te propose un pills et un ticket direct pour le paradis. Prend ça. Maintenant, écoute bien mes instructions.
Odeur de pneu brulé, goût métallique du sang. Le paradis était à portée de main.
Les rues se gonfles et se vident à allure régulière, semblables au pouls d'une jeune enfant assoupie.
Des familles, des groupes d'amis, des couples, des solitaires et quelques chiens.
Descend les escaliers, prends la première porte sur ta gauche, te voila dans la rue Genty-Magre.
Parmi eux, une ombre se faufile. Elle manque plusieurs fois de percuter des épaules, des bras et des sacs. Elle se met à accélérer puis à courir. Elle slalome entre les voitures, semble suivre une chorégraphie de ballet pour ne bousculer personne, elle vole ; presque.
Arrivée place Esquirol, elle reprend son souffle. Puis repart de plus belle. De son oeil droit elle perçoit une autre ombre qui la suit. Elle penche légèrement sa tête et aperçoit entre ses mèches de cheveux un chien. Elle sourit.
Tu prends la première à droite, tu remontes Alsace-lorraine jusqu'à la place Esquirol. Tu prends de nouveau à droite, tu es désormais sur la rue de Metz. Tu continues, tu ne t'arrêtes surtout pas. Toujours tout droit, jusqu'au pont Neuf. Là, soit tu continues sur le pont soit tu prends sur ta gauche, le long des quais de la Garonne.
Elle arrive sur le pont. Mais à mi-chemin alors que l'autre rive est à portée d'espoir elle fait demi-tour. Elle court désormais le long des quais, sous les platanes. Elle se sent forte, capable d'y arriver. Elle sait que la voie la plus courte n'est pas forcément la meilleure. Elle sent ses cuisses chauffer mais l'air frais de la Garonne glissant sur son visage lui offre un regain de légèreté.
Tu vas toujours tout droit.
Le chien est toujours derrière elle, inlassable. Elle sourit toujours. Elle s'approche du pont Saint Michel. Elle traverse les voies, les voitures ne peuvent l'atteindre. A quelques mètres le rebord du pont.
Qui suis-je ? Juste un chevelu qui te propose un pills et un ticket direct pour le paradis. Prend ça. Maintenant, écoute bien mes instructions.
Odeur de pneu brulé, goût métallique du sang. Le paradis était à portée de main.
Publié par Hellby
Lundi 23 février 2009 à 16:51

-Je dois le faire. Joseph, dis-moi si je dois le faire ! Je t'en supplie.
Non ! Non, ne me dis rien. Je préfère le porter seule sur mes épaules. Le docteur m'a assuré qu'ils dormiront quand ça arrivera. Ils ne souffriront pas, non. Je dois le faire, ils n'ont pas à subir notre défaite. Je suis leur mère, je peux choisir leur destin, ils ne sont pas encore en âge de comprendre.
Et si...et s'ils le peuvent ? Je ne suis que leur mère. Ils sont de nous, ils portent notre empreinte mais ils n'ont pas à subir les conséquences de nos actes. Je ne peux pas, mais je le dois.
Heidrun n'a que quatre ans.....je...
Soudain, une violente explosion retentit et les murs se mettent à gémir.
-Nous avons perdu le temps Joseph, murmure-t-elle.
Il regarde les mains de sa femme. Il les prend et les caresse. Il passe sa main sur les rides qu'il aime tant puis détourne son regard. Il l'entend soupirer. Leurs mains se lâchent.
Elle se redresse, efface ses larmes et se dirige vers la porte d'acier. Il la voit, même de dos, remettre son masque quotidien. Ses épaules se redressent et ses mains ne tremblent plus. Elle enclenche la poignée.
En ouvrant la porte, des cris et des rires d'enfants envahissent la pièce où il se trouve. Il sent sa lèvre inférieure trembler mais avant que son garde personnel ne s'en rende compte, il la pince fortement pour la contrôler.
La porte est close, il pose son regard sur la serrure. Il sert les poings.
Les minutes s'allongent, se tendent et semblent hurler le silence.
Puis le cliquetis de la serrure se fait entendre. Il voit Magda sortir de cette chambre désormais muette. Son visage est impassible. Elle s'avance jusqu'à lui et manque de trébucher, ses jambes ne la portent plus. Elle se met face à ses yeux.
-Viens, allons les rejoindre. Ils doivent déjà nous attendre, dit-elle d'une voix tremblante.
Publié par Hellby
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